La concentration de religiosité dans l’air n’est pas un bon indice pour déterminer si un terre est sainte ou pas. De même que l’obéissance acharnée aux rituels ne fait pas le bon croyant, l‘excès de preuves religieuses situées sur un même territoire ne lui confère pas le titre de paradis. Alors bien sûr, Jésus a foulé le sable de Palestine , Salomon et David y ont édifié leur temple, un grand nombre de prophètes des trois religions du Livre y ont vécu un temps. Et peut-être même que la fin du Monde aurait lieu là-bas selon les différentes eschatologies.
Mais il flotte dans l’air un je-ne-sais-quoi de pas très saint, ni sain d’ailleurs. Les proches qui y sont allés ont généralement retenu de leur voyage : « un climat tendu », « des habitants assez froids, méfiants », des inégalités criantes entre les habitants, une rugosité des caractères (lire sur 365degrés : Pâques, ce que vous n’auriez pas dû savoir). Dans l’intimité les habitants sont pourtant des personnes adorables, avenantes, chaleureuses… La guerre contre le voisin aurait-elle entamé leur moral? Seraient-ils à cran, ceux qui, pour une partie, avaient pourtant décidé de s’installer en Israël afin de revenir aux sources de leur foi, sur cette terre que Dieu, sont-ils sûrs, leur a destinée? Seraient-ils à bout, ceux qui clament depuis 1948 qu’on leur vole leurs champs et que l’on détruit leur propriétés sous les yeux d’une ONU impuissante? Les uns se lamentent de la perte de civils, tandis que les autres demandent que l’on arrête de tuer leurs enfants. Tous aimeraient un traité de paix. Trop difficile tant les intérêts des uns annihilent les droits humains des autres. Trop difficile tant l’esprit de conquête est ancré d’un côté - est invoqué le droit à s‘installer sur la Terre promise conféré par les victoires aux différentes guerres israélo-arabes, les traités et le plan de 1948. Trop difficile tant l’esprit résistant - appelé aussi terrorisme selon les points de vue, est installé de l’autre.
Voilà. Et puis, il y a aussi ce que l’on ignore, ce qui est caché, et comme je ne veux pas prendre parti, je laisse la parole aux soldats israéliens qui ont ressenti l’urgent besoin de la prendre. En anglais, ils racontent leur expérience en Cisjordanie. http://www.breakingthesilence.org.il/
Photos : A. Finistre / Textes M. Chevassus
samedi 23 juillet 2011
Silence radio
Silence radio
Difficile d’écrire depuis la Cisjordanie. Ce territoire occupé par les forces militaires israéliennes renferme un peuple prisonnier. Les exactions commises à son égard chaque jour sont cachées aux yeux du monde voire justifiées par les arguments : « Ce sont des terroristes » ou bien « Les torts sont partagés, c’est trop compliqué, personne ne peut comprendre exactement qui a raison. » Les Israéliens eux-mêmes n’ont pas accès à une information très neutre ou complète, ils ne savent pas exactement ce qui se passe derrière cet immense mur de 8 mètres censé les protéger des actes terroristes. S‘ils se rendent de l‘autre côté, les Israéliens sont susceptibles d‘être conduits en prison. Seuls une poignée de colons venant s’installer sur les terres palestiniennes savent de quoi sont faites les persécutions quotidiennes. Les vidéos le montrent clairement. Elles sont devenues l’arme des Palestiniens pour lutter contre l’oppression, pour informer le monde.
L’ONG israélienne B’Tselem (centre israélien d’information pour les droits de l’homme dans les territoires occupés) protège les résistants palestiniens qui veulent filmer les exactions dont-ils sont victimes.
http://www.btselem.org/ Leur site donne des informations précises (statistiques, chiffres, vidéos, photographies, témoignages) à même de clarifier la situation actuelle.
D’autres vidéos sont diffusées sur le site http://www.popularstruggle.org , notamment sur Nabi Saleh où les répressions de manifestations pacifiques sont de plus en plus violentes. L’argument israélien serait : « pour éviter la propagation de la contestation aux autres villages ». http://www.popularstruggle.org/image-galleries/nabi-saleh
Difficile d’écrire depuis la Cisjordanie. Ce territoire occupé par les forces militaires israéliennes renferme un peuple prisonnier. Les exactions commises à son égard chaque jour sont cachées aux yeux du monde voire justifiées par les arguments : « Ce sont des terroristes » ou bien « Les torts sont partagés, c’est trop compliqué, personne ne peut comprendre exactement qui a raison. » Les Israéliens eux-mêmes n’ont pas accès à une information très neutre ou complète, ils ne savent pas exactement ce qui se passe derrière cet immense mur de 8 mètres censé les protéger des actes terroristes. S‘ils se rendent de l‘autre côté, les Israéliens sont susceptibles d‘être conduits en prison. Seuls une poignée de colons venant s’installer sur les terres palestiniennes savent de quoi sont faites les persécutions quotidiennes. Les vidéos le montrent clairement. Elles sont devenues l’arme des Palestiniens pour lutter contre l’oppression, pour informer le monde.
L’ONG israélienne B’Tselem (centre israélien d’information pour les droits de l’homme dans les territoires occupés) protège les résistants palestiniens qui veulent filmer les exactions dont-ils sont victimes.
http://www.btselem.org/ Leur site donne des informations précises (statistiques, chiffres, vidéos, photographies, témoignages) à même de clarifier la situation actuelle.
D’autres vidéos sont diffusées sur le site http://www.popularstruggle.org , notamment sur Nabi Saleh où les répressions de manifestations pacifiques sont de plus en plus violentes. L’argument israélien serait : « pour éviter la propagation de la contestation aux autres villages ». http://www.popularstruggle.org/image-galleries/nabi-saleh
jeudi 12 mai 2011
Pâques, ce que vous n'auriez pas dû savoir...
Pâques est pour les Chrétiens du monde entier un intense moment de spiritualité que l’on partage. Surtout dans une capitale religieuse comme Jérusalem. L’assertion semble évidente, et claire comme de l’eau bénite. Mais en sommes-nous bien sûrs? Quelques pas dans la ville des trois religions du Livre ont plutôt tendance à nous prouver le contraire. Passage en revue des couacs, des flop et des wizz.
Croche-patte devant le tombeau du Christ
Quand les pèlerins s’accrochent avec des religieux orthodoxes devant le tombeau du Christ, ça fait crac, boum, hue dans le Saint-Sépulcre. Edmond, 73 ans et ses deux amis, Suisses de Bâle, sont venus ensemble pour un pèlerinage d’une semaine en Israël. Leur passage par Jérusalem les laisse un peu perplexes : « Ce qui m’a le plus surpris, c’est que des gens sur-énervés (pélerins et religieux)en viennent aux mains à l’intérieur d'un lieu saint. Je ne m’attendais pas vraiment à cela en venant sur la tombe de Jésus. » Depuis enfant, il rêvait de poser une fois au moins le pied en Terre Sainte, c’est chose faite.
Checkpoints sur le chemin de croix
« Laissez nous entrer dans nos lieux saints! Nous sommes des pèlerins. Nous sommes venus ici exprès! Et vous allez me dire que je ne peux pas accéder à ma messe!? » lance un père de famille agacé par les barrages imperméables, bloquant l’accès au Saint-Sépulcre. Si l’atmosphère a été un peu tendue entre les jeudi et samedi saints, c’est que l’affluence dans la vieille ville était très importante. En effet, 250 000 personnes sont venues en pèlerinage à Jérusalem pour Pâques, soit l’équivalent d’une ville moyenne comme Dijon qui se rajoute à un espace d‘une superficie inférieure à un unique kilomètre carré. Parmi eux environ 100 000 chrétiens. Les autres sont des Juifs venus fêter Pessah et se recueillir auprès du Mur des Lamentations. Un nombre record selon le ministère du Tourisme israélien. Du coup, les rues bondées sont gérées par la sécurité, soit un panaché de militaires et de policiers.
Droit d’entrée illégal
Las d’attendre, certains pèlerins pensent à des solutions de contournement. C’est le cas de Max, un Russe de 23 ans un peu pressé, qui « n’en croit pas encore ses yeux d’être ici » et qui « ne veut pas faire l’impasse sur les célébrations ». Il a entendu une rumeur selon laquelle on pouvait passer outre les barrages, moyennant une somme de 100$ cash. En effet, quelques minutes plus tard, un homme s’avance et propose ses services moyennant 20 $ par personne. Il s’est procuré un laissez-passer officiel, il prétend pouvoir le faire entrer.« Ne va pas avec lui, prévient Usama, un jeune vendeur de rue,je ne le sens pas. Et n’essaie pas de contourner les check points en payant le gérant du café pour qu’il te fasse traverser.» Max suit son guide malgré tout, sous l‘œil inquisiteur des policiers. Ils disparaissent ensemble dans les ruelles. Usama l'a pourtant avertit :"S’ils te prennent sur le fait, je te jure que tu vas passer un sale quart d’heure! Tu garderas un très mauvais souvenir de Jérusalem"
En parlant de souvenirs de la ville…
Un commerçant installé dans le coude d’une petite ruelle débouchant sur l’église du Saint-Sépulcre pointe du doigt son étal. Il explique à ses clients : « Voilà une croix en bois sacré, elle est confectionnée à la main. » Si Baha, 27 ans, vend ses souvenirs suffisamment régulièrement pour entretenir correctement son fond de commerce, c’est qu’il a un argument de poids. « Les objets religieux se vendent bien. Et en particulier les rosaires, les cierges, les huiles saintes et les croix. » Prix du crucifix: de 10 à 500 shekels (soit 2 à 100 euros). Matière : bois d’olivier. Lieu de provenance : Bethléem. Taille : 15 à 50 centimètres. « Les pèlerins font leurs achats à Jérusalem, car nos articles proviennent de lieux saints. » L’argument fait mouche, certains croyants tiennent cinq à six crucifix à la main. Des cadeaux souvenirs pour la famille?
Fous de Dieu
Il a beau déambuler pieds nus dans les rues pavées et glissantes, porter une toge blanche à la façon antique, arborer une barbe et des cheveux mi-longs, il n’est pas si fou que cela. James est originaire de Détroit dans le Michigan. Ses allures de Jésus lui ont valu de recevoir le surnom de Jesus Guy aux Etats-Unis où il est bien connu des médias. Un documentaire a même été réalisé en 2007 par Sean Tracey sur son histoire. « J’ai découvert ma voie dans le catholicisme il y a 19 ans maintenant », une révélation pour ce cinquantenaire qui se cherchait à l’époque (Gandhi ou Bouddha?), et s’est trouvé dans les Evangiles offerts par son père. Jérusalem est connue pour provoquer un syndrome bien particulier, rendant fou les croyants sûrs d’être devenus saints ou des personnages bibliques, tellement le choc émotionnel est grand. Une Anglaise notamment, au début du siècle s’est mise à attendre l’arrivée du Messie sur le Mont Scopus, avec .. une tasse de thé. Mais James, lui, n’est pas de ceux-là. (Son portrait bientôt dans On les a rencontrés)
Appareils photos
« S’il vous plaît attention à ne pas mettre le flash dans l’église. » Les religieux arméniens n’avaient pas pensé au flot de touristes qui débarqueraient en plein milieu de la messe du lavement des pieds. Comme un seul homme, tous les bras se lèvent, perché à leur extrémité, à bout de doigts, un appareil photo. Flash! Clic Clac! C’est dans la boîte. Une quarantaine d’écrans LCD brillent comme autant de chandelles, les points rouges font la mise au point sur les prêtres, un petit bruit d’agrément indique que la photo a été prise. « Personnellement, ça ne me dérange pas, je ne trouve pas que cela enlève au charme de la célébration. Je n’utilise pas d’appareil photo, même si j’aimerais faire des images souvenirs. La raison? J’ai peur qu’ici, on me le vole », confie Olga, pèlerine ukrainienne de 27 ans.
Et la piété dans tout ça?
La question est cruciale. Une des réponses les plus illuminées vient de Bjorg, norvégienne de 65 ans : « L’atmosphère n’a rien de très pieuse pour un lieu de pèlerinage en pleine semaine sainte, mais bon. On fait avec. Je prends des photos, je sais intellectuellement que ce sont les lieux où a vécu le Christ. Voilà. Pour la spiritualité et le reste, c‘est ici que cela se passe», tapant sur son cœur.
Croche-patte devant le tombeau du Christ
Quand les pèlerins s’accrochent avec des religieux orthodoxes devant le tombeau du Christ, ça fait crac, boum, hue dans le Saint-Sépulcre. Edmond, 73 ans et ses deux amis, Suisses de Bâle, sont venus ensemble pour un pèlerinage d’une semaine en Israël. Leur passage par Jérusalem les laisse un peu perplexes : « Ce qui m’a le plus surpris, c’est que des gens sur-énervés (pélerins et religieux)en viennent aux mains à l’intérieur d'un lieu saint. Je ne m’attendais pas vraiment à cela en venant sur la tombe de Jésus. » Depuis enfant, il rêvait de poser une fois au moins le pied en Terre Sainte, c’est chose faite.
Checkpoints sur le chemin de croix
« Laissez nous entrer dans nos lieux saints! Nous sommes des pèlerins. Nous sommes venus ici exprès! Et vous allez me dire que je ne peux pas accéder à ma messe!? » lance un père de famille agacé par les barrages imperméables, bloquant l’accès au Saint-Sépulcre. Si l’atmosphère a été un peu tendue entre les jeudi et samedi saints, c’est que l’affluence dans la vieille ville était très importante. En effet, 250 000 personnes sont venues en pèlerinage à Jérusalem pour Pâques, soit l’équivalent d’une ville moyenne comme Dijon qui se rajoute à un espace d‘une superficie inférieure à un unique kilomètre carré. Parmi eux environ 100 000 chrétiens. Les autres sont des Juifs venus fêter Pessah et se recueillir auprès du Mur des Lamentations. Un nombre record selon le ministère du Tourisme israélien. Du coup, les rues bondées sont gérées par la sécurité, soit un panaché de militaires et de policiers.
Droit d’entrée illégal
Las d’attendre, certains pèlerins pensent à des solutions de contournement. C’est le cas de Max, un Russe de 23 ans un peu pressé, qui « n’en croit pas encore ses yeux d’être ici » et qui « ne veut pas faire l’impasse sur les célébrations ». Il a entendu une rumeur selon laquelle on pouvait passer outre les barrages, moyennant une somme de 100$ cash. En effet, quelques minutes plus tard, un homme s’avance et propose ses services moyennant 20 $ par personne. Il s’est procuré un laissez-passer officiel, il prétend pouvoir le faire entrer.« Ne va pas avec lui, prévient Usama, un jeune vendeur de rue,je ne le sens pas. Et n’essaie pas de contourner les check points en payant le gérant du café pour qu’il te fasse traverser.» Max suit son guide malgré tout, sous l‘œil inquisiteur des policiers. Ils disparaissent ensemble dans les ruelles. Usama l'a pourtant avertit :"S’ils te prennent sur le fait, je te jure que tu vas passer un sale quart d’heure! Tu garderas un très mauvais souvenir de Jérusalem"
En parlant de souvenirs de la ville…
Un commerçant installé dans le coude d’une petite ruelle débouchant sur l’église du Saint-Sépulcre pointe du doigt son étal. Il explique à ses clients : « Voilà une croix en bois sacré, elle est confectionnée à la main. » Si Baha, 27 ans, vend ses souvenirs suffisamment régulièrement pour entretenir correctement son fond de commerce, c’est qu’il a un argument de poids. « Les objets religieux se vendent bien. Et en particulier les rosaires, les cierges, les huiles saintes et les croix. » Prix du crucifix: de 10 à 500 shekels (soit 2 à 100 euros). Matière : bois d’olivier. Lieu de provenance : Bethléem. Taille : 15 à 50 centimètres. « Les pèlerins font leurs achats à Jérusalem, car nos articles proviennent de lieux saints. » L’argument fait mouche, certains croyants tiennent cinq à six crucifix à la main. Des cadeaux souvenirs pour la famille?
Fous de Dieu
Il a beau déambuler pieds nus dans les rues pavées et glissantes, porter une toge blanche à la façon antique, arborer une barbe et des cheveux mi-longs, il n’est pas si fou que cela. James est originaire de Détroit dans le Michigan. Ses allures de Jésus lui ont valu de recevoir le surnom de Jesus Guy aux Etats-Unis où il est bien connu des médias. Un documentaire a même été réalisé en 2007 par Sean Tracey sur son histoire. « J’ai découvert ma voie dans le catholicisme il y a 19 ans maintenant », une révélation pour ce cinquantenaire qui se cherchait à l’époque (Gandhi ou Bouddha?), et s’est trouvé dans les Evangiles offerts par son père. Jérusalem est connue pour provoquer un syndrome bien particulier, rendant fou les croyants sûrs d’être devenus saints ou des personnages bibliques, tellement le choc émotionnel est grand. Une Anglaise notamment, au début du siècle s’est mise à attendre l’arrivée du Messie sur le Mont Scopus, avec .. une tasse de thé. Mais James, lui, n’est pas de ceux-là. (Son portrait bientôt dans On les a rencontrés)
Appareils photos
« S’il vous plaît attention à ne pas mettre le flash dans l’église. » Les religieux arméniens n’avaient pas pensé au flot de touristes qui débarqueraient en plein milieu de la messe du lavement des pieds. Comme un seul homme, tous les bras se lèvent, perché à leur extrémité, à bout de doigts, un appareil photo. Flash! Clic Clac! C’est dans la boîte. Une quarantaine d’écrans LCD brillent comme autant de chandelles, les points rouges font la mise au point sur les prêtres, un petit bruit d’agrément indique que la photo a été prise. « Personnellement, ça ne me dérange pas, je ne trouve pas que cela enlève au charme de la célébration. Je n’utilise pas d’appareil photo, même si j’aimerais faire des images souvenirs. La raison? J’ai peur qu’ici, on me le vole », confie Olga, pèlerine ukrainienne de 27 ans.
Et la piété dans tout ça?
La question est cruciale. Une des réponses les plus illuminées vient de Bjorg, norvégienne de 65 ans : « L’atmosphère n’a rien de très pieuse pour un lieu de pèlerinage en pleine semaine sainte, mais bon. On fait avec. Je prends des photos, je sais intellectuellement que ce sont les lieux où a vécu le Christ. Voilà. Pour la spiritualité et le reste, c‘est ici que cela se passe», tapant sur son cœur.
mardi 26 avril 2011
mardi 19 avril 2011
La fête des Rameaux à Jérusalem
Une semaine avant Pâques, on célèbre l’arrivée triomphale de Jésus dans la vieille ville de Jérusalem. Il fait chaud sur le Mont des Oliviers, la route identifiée par la Bible serpente le long de la colline, traverse le quartier arabe puis le cimetière juif. Des milliers de pèlerins du monde entier se sont joints aux Chrétiens de Palestine pour chanter leur joie d’être rassemblés sur les lieux saints. Philippins, Brésiliens, Polonais, Français, Egyptiens, Erythréens, Anglo-Saxons faisaient partie de la procession joyeuse.
mercredi 6 avril 2011
Worldstoriz ... du nouveau
Worldstoriz se sépare de son avatar axé sur le voyage World 365°, accessible sur http://365degres.blogspot.com
vendredi 11 mars 2011
Aux côtés des insurgés
Actualités croisées : Si la guerre m’était contée par … les Insurgés.
La guerre lente, aux côtés des insurgés sur le front de Ra’s Lanuf
Les informations défilent vite, avec leur lot de morts et d’offensives sur le grand compteur de l’actualité libyenne. Vu de l’extérieur, la zone est chaude. Sur place, au quotidien le temps s’égrène plus lentement. Les hommes en faction à l’est du front de Ra’s Lanuf attendent, l’arme au poing que les loyalistes du dictateur Kadhafi contre-attaquent. Incursion en terre rebelle.
Hier après-midi (mercredi), dans la salle de presse de Benghazi, l’info est tombée : Ben Jawad, le premier verrou stratégique de la région Tripolitaine a sauté. Le village frontière est au mains des insurgés. La nouvelle fait sursauter de joie pendant un petit moment, mais on se ravise, l’aviation a également réussi à toucher la raffinerie de pétrole de Ra’s Lanuf, le site le plus important d’Afrique.
Depuis la France, ce ne sont que deux lignes de plus dans un fil d’informations qui se succèdent. Mais les avancées de ce type prennent une toute autre signification lorsqu’elles sont vécues depuis le front, où l’attente dans ce désert vide de promesses immédiates favorise le doute. Où la conviction de suivre une noble destin est le seul costume et la seule arme valable pour ces troupes inexpérimentées.
"Pour que nos enfants n'aient plus à vivre les exactions de ce régime"
A Ra’s Lanuf, les combattants sont des hommes ordinaires, animés par une soif de liberté. Ils ne sont pas entraînés, ils ne sont pas militaires de formation, la plupart n’a jamais manié une arme à feu. Il y a des jeunes, des plus vieux, ils ne travaillent plus depuis que la société est paralysée. Alors, ils tentent d’aider leur cause. Beaucoup d’entre eux ont rejoint le mouvement suite à une triste histoire : un père de deux enfants explique : « Ils ont tué ma femme, je n’ai plus rien à perdre ».
Les plus aguerris, d’anciens militaires, occupent des postes-clé. On trouve beaucoup d’anciens combattants du Tchad. Ils tentent d’organiser cette rébellion, mais les ordres viennent de Brega, situé à 150 kilomètres de la ligne de front. Aussi, certains commencent à se décourager un peu. La plupart dorment dehors. Ils sont mal équipés, et n’ont pas de réelle tactique. Lorque le vent se lève et balaie ces étendues désertiques, il y a vraiment de quoi déchanter. Ils attendent là et ripostent comme ils peuvent aux bombes lancées par l’aviation contrôlée par les forces loyalistes.
Malgré tout, ils ne baissent pas les bras. Ils savent peut-être qu’ils sont moins nombreux, moins bien équipés, mais leur combat est noble et justifié. Et avec la présence des journalistes, ils se sentent soutenus. Beaucoup paradent sous les objectifs, fiers de leur combat. Les effigies de Kadhafi sont livrés à la vindicte populaire, on se défoule sur lui en attendant le prochain raid aérien.
S’ils ne sont pas des professionnels de la guerre, pour autant ces combattants-pères de famille, en civil (baskets, jean ou jogging, parfois djellaba), n’ont pas peur de mourir «Toutes ces exactions commises à notre encontre par le régime de Kadhafi nous renforcent chaque jour un peu plus. Nous sommes solidaires et prêts à aller au bout quoi qu’il en coûte. Nous n’avons plus rien à perdre. Nous donnerons nos vies s’il le faut pour que notre jeunesse ne vive plus ainsi», explique courageusement un homme d’un certain âge.
Lorsqu’une bombe tombe à proximité de Ra‘s Lanuf, on court pour se mettre à l‘abri, sans paniquer. Seuls les hommes installés sur les batteries anti-aériennes continuent de tirer dans un vacarme assourdissant. Une fois l’orage passé, tout le monde revient en hurlant « Dieu est grand », priant que les frères postés plus loin dans le désert ne se soient pas fait toucher. Ca sent la poudre. Et pour cause, les rebelles manifestent leur joie de pouvoir résister à l’aviation en tirant des rafales de kalachnikov en l’air sans se soucier du stock de munitions. Cela leur met du baume au cœur. Ils ont même écrit liberté hier dans le sable avec des douilles ramassées par terre.
De l’extérieur, la communauté internationale s’impatiente un peu. Le cours du pétrole n’a jamais été aussi haut depuis 2008, et la révolution s’est muée en guerre dans laquelle aucun camp ne prend vraiment le dessus. Presque décevant. La communauté internationale peine à trouver un accord commun pour réaliser cet espace anti-aérien, afin de protéger les rebelles libyens des bombes. Les insurgés en danger sont déçus d‘entendre que certaines puissances font un pas en arrière. Sur place, on ne veut « pas d’ingérence comme en Irak », mais on sent bien qu’on aurait besoin d’un peu d’aide, de soutien diplomatique, comme celui que leur apporte la France envers qui ils sont reconnaissants. A Ra’s Lanuf, on craint malgré tout que la lassitude et l’épuisement n’emportent ces hommes qui ne dorment quasiment plus depuis des jours.
texte : Arnaud Finistre, Marion Chevassus
La guerre lente, aux côtés des insurgés sur le front de Ra’s Lanuf
Les informations défilent vite, avec leur lot de morts et d’offensives sur le grand compteur de l’actualité libyenne. Vu de l’extérieur, la zone est chaude. Sur place, au quotidien le temps s’égrène plus lentement. Les hommes en faction à l’est du front de Ra’s Lanuf attendent, l’arme au poing que les loyalistes du dictateur Kadhafi contre-attaquent. Incursion en terre rebelle.
Hier après-midi (mercredi), dans la salle de presse de Benghazi, l’info est tombée : Ben Jawad, le premier verrou stratégique de la région Tripolitaine a sauté. Le village frontière est au mains des insurgés. La nouvelle fait sursauter de joie pendant un petit moment, mais on se ravise, l’aviation a également réussi à toucher la raffinerie de pétrole de Ra’s Lanuf, le site le plus important d’Afrique.

Depuis la France, ce ne sont que deux lignes de plus dans un fil d’informations qui se succèdent. Mais les avancées de ce type prennent une toute autre signification lorsqu’elles sont vécues depuis le front, où l’attente dans ce désert vide de promesses immédiates favorise le doute. Où la conviction de suivre une noble destin est le seul costume et la seule arme valable pour ces troupes inexpérimentées.
"Pour que nos enfants n'aient plus à vivre les exactions de ce régime"
A Ra’s Lanuf, les combattants sont des hommes ordinaires, animés par une soif de liberté. Ils ne sont pas entraînés, ils ne sont pas militaires de formation, la plupart n’a jamais manié une arme à feu. Il y a des jeunes, des plus vieux, ils ne travaillent plus depuis que la société est paralysée. Alors, ils tentent d’aider leur cause. Beaucoup d’entre eux ont rejoint le mouvement suite à une triste histoire : un père de deux enfants explique : « Ils ont tué ma femme, je n’ai plus rien à perdre ».
Les plus aguerris, d’anciens militaires, occupent des postes-clé. On trouve beaucoup d’anciens combattants du Tchad. Ils tentent d’organiser cette rébellion, mais les ordres viennent de Brega, situé à 150 kilomètres de la ligne de front. Aussi, certains commencent à se décourager un peu. La plupart dorment dehors. Ils sont mal équipés, et n’ont pas de réelle tactique. Lorque le vent se lève et balaie ces étendues désertiques, il y a vraiment de quoi déchanter. Ils attendent là et ripostent comme ils peuvent aux bombes lancées par l’aviation contrôlée par les forces loyalistes. Malgré tout, ils ne baissent pas les bras. Ils savent peut-être qu’ils sont moins nombreux, moins bien équipés, mais leur combat est noble et justifié. Et avec la présence des journalistes, ils se sentent soutenus. Beaucoup paradent sous les objectifs, fiers de leur combat. Les effigies de Kadhafi sont livrés à la vindicte populaire, on se défoule sur lui en attendant le prochain raid aérien.
S’ils ne sont pas des professionnels de la guerre, pour autant ces combattants-pères de famille, en civil (baskets, jean ou jogging, parfois djellaba), n’ont pas peur de mourir «Toutes ces exactions commises à notre encontre par le régime de Kadhafi nous renforcent chaque jour un peu plus. Nous sommes solidaires et prêts à aller au bout quoi qu’il en coûte. Nous n’avons plus rien à perdre. Nous donnerons nos vies s’il le faut pour que notre jeunesse ne vive plus ainsi», explique courageusement un homme d’un certain âge.
Lorsqu’une bombe tombe à proximité de Ra‘s Lanuf, on court pour se mettre à l‘abri, sans paniquer. Seuls les hommes installés sur les batteries anti-aériennes continuent de tirer dans un vacarme assourdissant. Une fois l’orage passé, tout le monde revient en hurlant « Dieu est grand », priant que les frères postés plus loin dans le désert ne se soient pas fait toucher. Ca sent la poudre. Et pour cause, les rebelles manifestent leur joie de pouvoir résister à l’aviation en tirant des rafales de kalachnikov en l’air sans se soucier du stock de munitions. Cela leur met du baume au cœur. Ils ont même écrit liberté hier dans le sable avec des douilles ramassées par terre. De l’extérieur, la communauté internationale s’impatiente un peu. Le cours du pétrole n’a jamais été aussi haut depuis 2008, et la révolution s’est muée en guerre dans laquelle aucun camp ne prend vraiment le dessus. Presque décevant. La communauté internationale peine à trouver un accord commun pour réaliser cet espace anti-aérien, afin de protéger les rebelles libyens des bombes. Les insurgés en danger sont déçus d‘entendre que certaines puissances font un pas en arrière. Sur place, on ne veut « pas d’ingérence comme en Irak », mais on sent bien qu’on aurait besoin d’un peu d’aide, de soutien diplomatique, comme celui que leur apporte la France envers qui ils sont reconnaissants. A Ra’s Lanuf, on craint malgré tout que la lassitude et l’épuisement n’emportent ces hommes qui ne dorment quasiment plus depuis des jours.
texte : Arnaud Finistre, Marion Chevassus
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